02/11/2006

Brasserie Ixelberg (partie 2)

Partie II: Les Grandes Brasseries de Koekelberg

Ixelberg2_01

 Munich, Bock et Pilsen ont enivré Melbourne, Paris et... Munich! Les bières allemandes de l'avenue de la Liberté ont disparu dans les années 70. Les facultés Sint-Aloysus y brassent désormais les idées. Quel amateur de bière aurait cru que le fameux Bock de Koekelberg était né du savoir-faire de brasseurs allemands? Et que cette brasserie, financée par des capitaux bruxellois, avait pour objectif de concurrencer non seulement les bières de Bohème et de Bavière, mais peut-être surtout celles que l'echte brusseleir Vandenheuvel avait mis trente ans à imposer? Un mot d'abord sur la commune. Mitoyenne du "petit Manchester", entendez Molenbeek,  Koekelberg est coupée naturellement du nord au sud par le chemin de fer, et d'est en ouest par le boulevard Léopold II. Vers 1880, de grands ensembles industriels s'y implantent: la brasserie De Boeck, en 1877 et, dix ans plus tard, le "château industriel" que les Grandes Brasseries de Koekelberg érigent face au parc Elisabeth, avec ailes et pavillons d'angle, s'il vous plaît. LE COQ PERCHÉ SUR UN TONNEAU Le terrain, acheté deux ans auparavant, appartient à trois riches bruxellois parmi lesquels le très honorable Guillaume Buccholtz. Leur projet: dépasser la crise du secteur brassicole traditionnel et investir dans les bières à fermentation basse, dont l'importation en provenance d'Allemagne et de Bohème augmente de jour en jour. Si les chaudières et machines des brasseurs belges sont souvent d'origine étrangère, les procédés de fabrication, eux, font la fierté d'artisans bien de chez nous. Ce ne sera pas le cas à Koekelberg. La société créée en 1886 ne cache pas son jeu et son appellation ne laisse aucun doute: "Brasserie des bières allemandes de Koekelberg". Les installations sont créées par un ingénieur d'Offenbach-sur-Mein, Neubecker... Six mois plus tard, un autre allemand entre dans l'affaire, un marchand de houblon. Le directeur de la brasserie vient de Bohème. Son fils, formé à Koekelberg, lui succédera. Autant dire que l'établissement n'est pas typiquement bruxellois, si l'on excepte les fonds... et le personnel ouvrier. La première année le rendement est moitié moindre qu'espéré. De nouveaux actionnaires s'engagent dont le fameux Duden (qui donnera son nom à un parc forestois), ainsi qu'un ancien brasseur bruxellois devenu échevin. Ceux-ci se rendent-ils compte que la référence à l'Allemagne n'est pas très commerciale? Il faut le croire, puisqu'un changement d'appellation est décidé. En décembre 1887, la "Grande Brasserie de Koekelberg" est née, avec son coq, perché sur un tonneau.  ENTRE MÉDAILLES ET PROCÈS En 1888, la brasserie se présente au Grand Concours international des Sciences et de l'Industrie qui se déroule aux abords du Cinquantenaire: elle rafle la médaille d'or. La même année, la bière de Koekelberg reçoit un premier prix à Melbourne, puis une nouvelle médaille, à Paris cette fois, en 1889, avant de conquérir Londres, Amsterdam et... Munich. Cette fois, c'en est trop. Ce n'est pas de chez nous que vient la riposte mais des brasseurs allemands. Ils attaquent en justice pour appellation fallacieuse. Mais il n'a jamais été écrit nulle part que la "Munich-Hahnenbraü", brassée dans le nord de Bruxelles, était faite en Bavière. L'Union des brasseurs allemands est déboutée. Cinq ans après sa création, la brasserie est cotée en Bourse et la production atteint ses objectifs: 50.000 hectolitres par an, partagés entre la Bock, limpide et mousseuse à souhait, la Munich, plus foncée mais moins alcoolisée, et enfin, la Pilsen, une bière cristalline à l'avenir prometteur. Même la compagnie Internationale des Wagons-Lits possède son étiquette personnalisée sur les bouteilles de la Grande Brasserie de Koekelberg, que cette dernière expose fièrement à l'Exposition Internationale du Solbosch en 1910. Bientôt la société acquiert de nouveaux bâtiments, avenue du Panthéon, emploie 75 personnes et entretient une cavalerie de 24 chevaux. Au conseil d'administration, à côté d'un vieux professeur de l'université d'Heidelberg, c'est un nouveau venu qui fait son apparition: Pierre Walckiers. Il dynamisera la fabrique jusqu'à sa mort en 1937. 
Ixelberg2_011
Ixelberg2_012
 En 1914, le cuivre et le zinc de la salle de brassage sont débités pour se retrouver fondus dans les usines de munition. L'approvisionnement en orge et houblon est inexistant. La bière est un ersatz fait de pois, de haricot ou de betterave! Les brasseries spécialisées dans la fermentation basse se mettent d'accord pour ne pas se concurrencer inutilement. Elles s'en relèveront d'autant mieux après-guerre, alors qu'à travers le pays un millier de petites brasseries ne se relèveront pas.  DANS LES COLONNES DU "SOIR" L'entre-deux-guerres est le signe d'un nouveau départ: modernisation des installations, doublement des ventes en cinq ans, nouvelles distinctions honorifiques. Pour ses 40 ans, dans une grande opération de séduction et de publicité, la Brasserie de Koekelberg ouvre ses portes au public. La brasserie apparaît au journaliste du Soir, qui rapporte l'événement en avril 1927, comme un ensemble quasi cubiste avec des silos en pyramide, des cheminées d'aspiration et de grandes cloches de cuivre rouge. Les visiteurs fascinés découvrent une mécanique autonome qui commence au quatrième étage, sous une incroyable terrasse panoramique, par le polissage et le concassage du malt. Invisible, la matière descend dans diverses salles, puis dans des cuves et des refroidissoirs. Enfin, le précieux liquide atteint les caves et les énormes citernes aux dimensions babyloniennes. Albert Bergé, célèbre chimiste, se fend d'un rapport éloquent sur la composition parfaite des trois bières de Koekelberg. Bref, tout va pour le mieux, et 5% des bénéfices sont distribués aux ouvriers en fin d'année. Les soins médicaux sont assurés gratuitement au sein de l'usine et la brasserie s'affilie à une caisse de compensation familiale.

Ixelberg2_02
 
Après la Seconde guerre mondiale, la Brasserie de Koekelberg absorbe la brasserie d'Ixelles des frères Lannoy et abrège son nom en "Ixelberg". En 1963, elle se paie la brasserie Roelandts de Schaerbeek, propriété des Vandenheuvel depuis 1954. Mais elle ouvre ainsi son conseil d'administration à Emile de Béco, qui n'en fera qu'une bouchée, six ans plus tard, créant l'éphémère appellation "Vandenheuvel-Ixelberg". La suite est connue. Le britannique Watney achète la brasserie Maes. En 1970, l'ogre d'outre-Manche avale Vandenheuvel et consorts et depuis 1975, les amateurs comme les piliers de comptoirs regrettent les Pils, Ekla, Export et autres Bock de Bruxelles.  Quant au fameux "château" de Koekelberg, il n'en subsiste qu'un mur de soubassement au fond d'un terrain vague, face à l'université flamande catholique de Bruxelles. Qui sait si un seul de ses étudiants en connaît l'origine? Source : SYLVIE LAUSBERG (LE SOIR - 04/08/1999) 
Ixelberg2_030
Ixelberg2_040

Cliquez ici pour retourner à la TABLE DES MATIERES

 

11:54 Écrit par beerfan02 dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

Commentaires

un joyeux bonsoir ..........

Écrit par : cantaines | 10/12/2006

Répondre à ce commentaire

merci pour la visite sur mon blog. Hélas, j'ai reçu ces photos sans commentaire ! Je vais envoyer un mail à la personne et demander des précision au sujet de ces brasseries...et si j'ai une réponse, je l'enverrai...
Amitié

Écrit par : sophie | 11/02/2007

Répondre à ce commentaire

j'ai une enseigne lumineuse de la biere ixelberg car ma maison était un ancien bar j'aimerai savoir si vous connaissais un site pour estimer sa valeur(si cele en a)merci et très bon site

Écrit par : HURTEBIS | 19/04/2008

Répondre à ce commentaire

Brasseries De Boeck Bjr, je cherche des photos ou des petits objets relatifs à cette brasserie qui était située à Koekelberg, si quelqu'un pourvait me renseigner ce serait sympa, merci d'avance, Marc

Écrit par : Marc | 01/10/2008

Répondre à ce commentaire

Bonjour Marc Je prépare justement en ce moment un nouveau document sur la Brasserie De Boeck. Dès qu'il sera terminé, je publierai un "post" et vous ferai parvenir une copie ".pdf" via mail.

Écrit par : Guy (Beerfan02) | 03/10/2008

Répondre à ce commentaire

Bonjour,
on a trouvé une ancienne plaquette 'Union des Brasseurs' sur notre façade. Notre maison a été construite en 1890 (Avenue de Stalingrad, 1000 Bruxelles). On voudrait bien connaître l'histoire de notre maison et on pense que la plaquette pourait être une indication. Merçi beaucoup pour toute aide.

Écrit par : steven buyse | 04/10/2008

Répondre à ce commentaire

j'ai une enseigne lumineuse IXELBERG ronde 50 cm environ, je voudrais connaitre un site pour l'estimer? MERCI

Écrit par : DUMONT | 21/11/2010

Répondre à ce commentaire

J'ai entendu beaucoup de choses sur les célèbres bières allemandes depuis mon enfance et a même la chance d'avoir un peu d'entre eux grâce à un ami. Mais ce fut l'occasion de connaître les grandes brasseries de Koekelberg. Merci un bureau d'échange.

Écrit par : anti snoring | 26/02/2014

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.