16/06/2007

Estaminets et assommoirs

Ce « post » spécialement à l’intention de Sofei (la photo ci-dessous vient de son Blog) qui me posait récemment la question : « comment se fait-il qu'il y avait autant de distilleries dans Bruxelles ? ». En fait, ces distilleries servaient à alimenter en genièvre les nombreux estaminets bruxellois et plus particulièrement ceux qui vendaient exclusivement cette boisson et qu’on appelait des « assommoirs ». 

Ci-dessous, un extrait de l’excellent livre « Il était une fois les Brasseurs » de Gilles Van Grasdorff (RTL Edition - 1986) qui illustre ce sujet.

AA_Estaminet

LES ASSOMMOIRS  Avec l'augmentation des brasseries villageoises, on vit apparaître de nouveaux estaminets. Eh oui! il y avait en Belgique un estaminet pour quarante-deux habitants. A Bruxelles, on comptait, en 1881, 3 268 débits. Et pour l'agglomération entière, le chiffre atteignait 8 099. Après Bruxelles, venait en tête Molenbeek, avec 943 estaminets. Ixelles, commune fort élégante, en avait 753. C'est Etterbeek qui en avait le moins: 239. Mais sur ces 8 099 estaminets, un tiers vendait exclusivement du genièvre. A Ixelles, il en était ainsi dans 250 établissements, à Laeken dans 142, à Saint-Gilles dans 92 et à Molenbeek dans 84. Les journalistes de l'époque avaient noté avec inquiétude le dévelop-pement, partout dans le pays, de ce qu'ils avaient surnommé les assommoirs:« Ce ne sont pas les estaminets à bière qui sont à craindre. Ce sont ces comptoirs et ces petits chenils d'où sortent les ivrognes. Là, on a un grand "bac" de genièvre pour six centimes et un seul de ces verres, pris le matin à jeun, suffit pour étourdir un ouvrier. « Ce sont ces lieux de perdition, ces rendez-vous de cochers, d'ouvriers et de domestiques que les autorités doivent frapper. « C'est là que l'ouvrier s'enivre et que la femme se dégrade. Chaque coin de rue reçoit l'installation d'un "assommoir". Le plus souvent, ces débits de petits verres sont tenus par des paresseux n'ayant ni sou ni maille. "Nous le demandons très sérieusement: veut-on abrutir le peuple par l'ivrognerie? » Il est vrai que, pour installer un débit de genièvre, il ne fallait pas grand-chose! Une seule table, quelques chaises, une carafe et des verres suffisaient. L'enseigne se reconnaissait entre toutes: on accrochait à la fenêtre quelques bouteilles remplies d'eau dorée. Ces assommoirs ne désemplissaient pas du samedi au lundi soir. Les ouvriers venaient y noyer leur misère. Car la misère existait dans tout le pays! 

Au cours des années qui précédèrent la fin du siècle, l'alcoolisme ne cessa de s'étendre. Une des causes: les assommoirs. Ceux-là ne payaient pratiquement pas d'impôts. La patente s'élevait à quelques francs. Un peu partout en Belgique, les débits de genièvre vendaient régulièrement une «pipe» de genièvre toutes les trois semaines, soit six hectolitres environ, et ne versaient que cinq francs trente centimes de patente. Pendant ce temps, l'estaministe à bières versait quatre-vingt-sept francs.

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 Heureusement, en Belgique, existaient de vrais estaminets. Dans les villages, les villes de toutes les provinces, les clients y pensaient avec nostalgie. Il eût fallu un livre pour les citer! Quel que fût cet estaminet, il était propre et tranquille. Les clients y mangeaient des œufs durs, des noix, de la charcuterie. Il était le rendez-vous des bourgeois et des autres qui y fumaient le cigare, tout en dégustant le faro, la Kavesse, la Blanche, la Saison. . . A la pompe, régnait le baes, maître des lieux. A la caisse, trônait sa femme. Où que ce fût, la baesin imposait par son poids et « marchait» à la bière.

 

11:33 Écrit par beerfan02 dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : estaminets, biere, bruxelles |  Facebook |